A mon père, que j’ai tellement cherché dans tous les hommes que j’ai rencontré.
Histoire d’une femme avec une blessure du père
Ma naissance était programmée le 14 décembre 1972, à 9h. 3 semaines avant terme. Pas de place pour un imprévu, ou si peu.
En effet, l’équipe médicale voulait être tranquille au moment des fêtes. Voilà comment s’est décidée la date de ma naissance. Et du coup, mon signe astrologique : sagittaire ascendant sagittaire.
Quoiqu’il en soit, je ne joue pas de mauvaise surprise et ma maman rentre au bloc la veille, comme il se doit.
Curieusement, mon père “oublie” cette date et programme un colloque en Suisse le jour même.
Il laisse ma maman accoucher seule et viendra me voir le soir, à la clinique, 5 mn.
Rencontrer ses blessures
Naître avec la blessure d’abandon
Ma maman a donné naissance à une petite fille alors qu’elle était traversée par des sentiments très forts d’abandon. Elle avait espéré que mon père soit là pour la soutenir et lui montrer combien il était investi dans la construction de sa famille.
Mais elle a passé sa grossesse triste, a ruminer son chagrin et son sentiment de solitude. Et ceci malgré le fait qu’elle soit bien occupée avec ses deux premiers enfants.
Et aujourd’hui nous savons que les sentiments, les émotions passent in utero et que le bébé ressent toutes les émotions de sa maman. En effet, il se construit ses premiers mois avec des émotions qui ne lui appartiennent pas.
Et nous savons également que les sentiments se transmettent, de génération en génération. On appelle cela des mémoires transgénérationnelles.
Une formidable série “Le chemin de l’olivier” sur Netflix raconte cela en présentant la guérison avec la méthode des constellations familiales.
A mon père que j’ai tellement cherché
Ma première blessure était inscrite en moi. Tout au long de ma vie, jusqu’à compréhension puis guérison, je vivrai des situations similaires, surtout dans mes relations amoureuses.
Un homme qui m’abandonne, qui ne s’investit pas ou mal. Un homme qui fuit, qui se cache dans d’autres réalités (travail, drogue ou autre) plutôt que d’assumer son rôle d’amour.
Tout au long de mon enfance, j’ai cherché à recevoir de l’attention de mon père qui a répondu “absent” dans ce rôle de papa qu’il était censé interpréter.

Se construire avec la blessure du rejet
La blessure d’abandon, donc, je connaissais déjà. Elle était inscrite dans mes cellules.
Mais la vie serait simple si l’on ne devait expérimenter qu’une seule blessure.
Ainsi, proche de la blessure d’abandon, la blessure de rejet est arrivée.
Si mon père m’abandonne, c’est que je ne suis pas aimable. Il me rejette, cela va de soit. Et je me rejette également. Je me mets à me détester. Inconsciemment bien sûr.
Tout au long de ma vie, j’ai eu du mal à m’engager dans une relation amoureuse de peur d’être rejetée. Et lorsque je le faisais, c’était inévitable, j’étais trahie, puis rejetée. Bien sûr seulement dans mon ressenti. Car la personne en face, ressentait d’autres émotions que je ne pouvais comprendre.
J’ai eu du mal à créer des liens sincères avec des amis, de peur que, comme dans mon enfance, je sois rejetée.
Je n’ai jamais pu croire que j’étais une personne aimable.
Reproduire les schémas transgénérationnels
Un jour, je fais appel au célèbre astrologue Christian Duchossoy pour comprendre le comportement de mon fils et il met en avant le schéma répétitif qui se produit dans ma famille. Ces femmes qui font leur vie avec des hommes absents, qui ne peuvent incarner leur rôle de père. Il insiste sur le fait que je dois guérir ces mémoires transgénérationnelles. Mais voilà, tant que je n’ai pas coupé ce lien familial, je continue à rencontrer des hommes qui fuiront face à leur rôle d’homme de famille. Et j’élèverai mes enfants seule, tout comme ma mère, ma grand-mère, mon arrière grand-mère.
J’espère, grâce à ma thérapie, pouvoir remédier à cela. Même si leur “éducation” est déjà faite, je voudrais qu’ils voient qu’ une femme peut être pleinement épanouie et heureuse en couple. Ou seule. Mais heureuse.
Une vie pour guérir ses blessures
Ou plusieurs vies
La vie n’est pas cruelle. Elle répond juste à la mission d’âme que je me suis programmée dans cette incarnation.
Cependant, notez qu’en aucun cas, même si de la colère persiste, je ne peux en vouloir à mon père ou à ces personnes qui m’ont fait souffrir.
En effet, tout précisément, j’ai choisi un papa qui ne pouvait pas, en raison lui aussi de ses blessures, vivre ce rôle de père. Je pourrai préciser que j’ai vu, lors d’une séance d’hypnose, qu’il avait été violé enfant, alors qu’il était en pension chez les Jésuites.
Et comprenez vous alors où je veux en venir ?
Tout au long de notre existence on choisit, on attire, des personnes qui répondront à notre besoin de guérison.
Et il “suffit” de regarder alors notre vie sous un autre angle : au lieu de haïr la personne qui nous a fait
mal, la remercier de ce qu’elle nous a permis de transcender.
Pardonner, pour se libérer

Lorsque vous comprenez cette notion du pardon, je vous assure que vous ressentez une grande libération en vous, un soulagement.
Cela ne remet pas en question le mal que vous a fait vivre l’autre personne. C’est juste que vous apportez un œil nouveau à la situation.
En effet, vous n’avez que le prisme de vos émotions, et souvent, vous ignorez le sentiment que traverse la personne en face et le pourquoi elle a agit ainsi.
Souvent, elle n’a fait que répondre à ses propres blessures en résonnance avec les vôtres.
Et c’est ainsi, que je peux dire, aujourd’hui, après ces 51 ans et cette dernière thérapie. Merci.
Je dédis ce texte à mon père, que j’ai tellement cherché. Grâce à toi, j’ai pu guérir de ma blessure d’abandon.




